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Comprendre · Bûches et granulés

Humidité du bois de chauffage : la comprendre et la mesurer

Un bois humide dépense sa chaleur à chasser son eau. Comment lire un humidimètre sans confondre humidité sur brut et sur sec, et combien de temps sécher.

· 8 min de lecture

Mur de bûches fendues, empilées face coupée vers l'avant
NatureComprendre
ThèmeBûches et granulés
Sources relues le

Une bûche qui contient encore beaucoup d’eau doit d’abord la vaporiser avant de chauffer votre pièce, et sa combustion refroidie laisse des goudrons sur la vitre et dans le conduit. Encore faut-il savoir ce que veut dire « 20 % d’humidité » : selon la base de calcul, le même morceau de bois peut afficher deux chiffres très différents.

Pourquoi l’eau du bois fait perdre de la chaleur

Le guide « Comment bien se chauffer au bois ? » de l’ADEME (juin 2026) résume le mécanisme : dans un bois humide, « l’énergie contenue dans la bûche va servir à évacuer l’eau qu’elle contient au lieu de libérer de la chaleur pour le chauffage ». Il chiffre l’enjeu : un bois à 23 % d’eau au plus améliore le rendement de l’appareil jusqu’à 25 % et émet jusqu’à six fois moins de particules. L’édition 2018 donnait un ordre de grandeur voisin : des bûches à 40 % d’humidité font perdre environ 25 % de rendement par rapport à des bûches à 20 %.

Deux pertes s’additionnent : l’énergie qui sert à vaporiser l’eau, et les gaz mal brûlés par un foyer refroidi, qui finissent en suie au lieu de chauffer. La notice du HWAM 3120 le dit à sa manière : le bois humide entraîne « beaucoup de fumée et de la suie ».

Sur brut ou sur sec : d’où viennent les chiffres contradictoires

Deux façons d’exprimer l’humidité coexistent, source de la plupart des chiffres contradictoires.

  • Sur masse brute : la masse d’eau divisée par la masse de la bûche telle qu’elle est. C’est la base du décret de 2022, de la marque NF, de France Bois Bûche et des normes de biocombustibles. Le référentiel NF donne l’exemple d’un échantillon de 60 g qui pèse 50 g après séchage à l’étuve : 10 g d’eau sur 60 g, soit 17 %.
  • Sur masse sèche : la même eau divisée par la masse du bois anhydre, 10 g sur 50 g, soit 20 %. C’est ce qu’affichent les humidimètres à pointes, précise le référentiel NF.

Le décret de 2022 fait lui-même la conversion : 23 % sur brut correspondent à 30 % sur sec.

Le pouvoir calorifique obéit à la même ambiguïté. Le référentiel des combustibles bois énergie publié en 2008 par l’ADEME et le FCBA relie le pouvoir calorifique inférieur (PCI) à l’humidité sur brut par une formule, avec un PCI anhydre de 18 à 19 MJ/kg pour les feuillus. En partant de 18 MJ/kg (5 kWh/kg) :

Humidité sur brut Équivalent sur sec PCI par kilo acheté PCI par kilo de bois sec contenu
15 % 18 % 4,2 kWh 4,9 kWh
20 % 25 % 3,9 kWh 4,8 kWh
23 % 30 % 3,7 kWh 4,8 kWh
30 % 43 % 3,3 kWh 4,7 kWh
40 % 67 % 2,7 kWh 4,5 kWh

Calcul de la rédaction selon la formule du référentiel ADEME-FCBA (2008), chiffres arrondis.

Rapporté au kilo acheté, le passage de 20 à 40 % d’humidité fait chuter le PCI de près de 30 %, parce qu’un kilo de bois humide contient moins de bois. Rapporté au bois lui-même, la vaporisation ne coûte que quelques pour cent : la perte de rendement annoncée par l’ADEME vient donc surtout de la mauvaise combustion. Devant un chiffre de pouvoir calorifique, cherchez toujours l’humidité de référence et l’unité.

Quel taux viser ?

Un seuil réglementaire de vente n’est pas une consigne de fonctionnement, d’où des écarts entre les sources :

Source Humidité maximale (sur brut, sauf mention)
Décret n° 2022-446 : bois « prêt à l’emploi » 23 %
Arrêté du 30 mars 2022 : bûches vendues en moins de 2 m³ apparents 23 %
ADEME, « Comment bien se chauffer au bois ? » (2026) 23 %
ADEME, guide d’usage (2018) 20 %
Marque NF Bois de chauffage (référentiel 2025) entre 10 et 20 %
France Bois Bûche : « Bois Sec » / « Extra-sec » 18 à 23 % / moins de 18 %
Notice Invicta Carolo-Mix (2021) moins de 20 %
Notice RIKA Induo II (2023) 14 à 18 % (base non précisée)
Notice HWAM 3120 (2022) 12 à 18 %

L’écart va de 12 à 23 %. Retenez le chiffre de la notice de votre appareil : c’est à cette humidité que le fabricant a réglé ses entrées d’air, et elle conditionne la garantie.

Mesurer à l’humidimètre sans se tromper

Le référentiel NF, qui impose l’humidimètre à pointes à ses producteurs, fait mesurer au tiers de la longueur de la bûche et à au moins 1 cm de profondeur. Chez vous :

  1. Prenez une bûche au milieu du tas, fendez-la et mesurez tout de suite sur la face ouverte, vers le cœur : l’extérieur et les extrémités sèchent bien avant le centre.
  2. Plantez les pointes perpendiculairement aux fibres, loin des nœuds et des fentes.
  3. Répétez sur deux autres bûches et faites la moyenne.
  4. Convertissez la lecture, donnée sur sec, avec la table du référentiel NF :
Lecture de l’humidimètre (sur sec) 15 % 20 % 25 % 30 %
Humidité sur brut 13 % 17 % 20 % 23 %

Mesurez un bois à température ambiante : l’appareil est étalonné à 20 °C.

La notice de ce modèle signale ses propres limites. Sa courbe correspond à une moyenne des essences : pour une essence précise ou un bois froid, Trotec renvoie à une mesure par pesée ou à un appareil avec correction d’essence et de température. Ses pointes ne mesurent que 8 mm, d’où l’intérêt de mesurer sur une face fendue. Le guide ADEME de 2026 juge d’ailleurs qu’un humidimètre « n’est pas nécessaire » au particulier, et propose des repères comme une bûche légère qui résonne quand on la frappe.

Ce que garantissent les labels

NF Bois de chauffage (référentiel NF444, révision approuvée en août 2025) certifie notamment l’humidité, entre 10 et 20 % sur brut, mesurée à la mise sous abri, avec un contrôle du producteur chaque jour de production et des audits de FCBA. Seuls le chêne, le charme, le hêtre, le frêne et l’érable sont admis. Le référentiel exige un abri rigide bardé sur au moins deux faces : une bâche ne suffit pas.

France Bois Bûche est un engagement des professionnels, sans tiers certificateur, précise son cahier des charges. Le vendeur indique sur la facture l’humidité moyenne sur brut, la mention « prêt à l’emploi » ou « à sécher avant emploi », et peut employer quatre classes : Extra-sec (moins de 18 %), Sec (18 à 23 %), Mi-sec (23 à 30 %) et Vert (plus de 30 %).

La réglementation vaut pour tous les vendeurs. Le décret n° 2022-446 impose d’indiquer l’humidité et, au-delà de 23 %, un temps de séchage conseillé. L’arrêté du même jour, en vigueur depuis le 1er septembre 2023, impose que les bûches vendues en moins de 2 m³ apparents ne dépassent pas 23 % sur brut.

Combien de temps pour sécher ?

Les repères publiés varient :

  • 18 mois au moins sous abri ventilé : la durée que le décret fait indiquer par défaut, et celle que retient l’ADEME ;
  • 3 à 6 mois pour un bois « mi-sec » et au moins un an pour un bois « vert », selon France Bois Bûche ;
  • 2 ans de coupe pour le hêtre ou le charme, 5 ans pour le chêne, selon la notice du Carolo-Mix ;
  • 2 à 3 ans dans un endroit sec et bien aéré, selon celle du RIKA Induo II.

L’ADEME conseille de couper et fendre avant de stocker, sur palettes ou tasseaux, sous un toit, avec une bâche respirante limitée au dessus du tas, puis de rentrer les bûches 24 à 48 heures avant de les brûler. La fiche de stockage NF de septembre 2026 rappelle qu’un bois sec continue d’échanger de l’humidité avec l’air : mal abrité, il se réhumidifie.

Un bois humide encrasse d’abord le conduit, l’une des raisons du ramonage obligatoire. Pour conduire le feu une fois le bois sec, voyez comment allumer un poêle à bois ; les autres guides sur le combustible sont réunis dans le thème bûches et granulés.

Sources

Consultées le 30 septembre 2026.

  • Décret n° 2022-446 du 30 mars 2022 relatif aux informations générales données par les distributeurs de combustibles solides destinés au chauffage, Légifrance (définition du bois « prêt à l’emploi », annexe 1 sur la mesure).
  • Arrêté du 30 mars 2022 relatif aux critères techniques auxquels doivent répondre certaines catégories de combustibles solides, article 1er, texte reproduit par la base AIDA de l’Ineris.
  • FCBA et AFNOR Certification, « NF Biocombustibles solides, prescriptions techniques, bois de chauffage », DQ CERT 25-305, approuvé le 25/08/2025 (§ 2.1.4, tableau 1, définitions).
  • FCBA, fiche « Bois de chauffage, granulés et briquettes : les bons réflexes pour bien stocker et bien choisir », septembre 2026.
  • Fibois France, « France Bois Bûche, des entreprises françaises qui s’engagent », cahier des charges national (§ 2.5).
  • ADEME et FCBA, « Référentiels combustibles bois énergie : définition et exigences », avril 2008 (§ 2.2.3, formule du PCI).
  • ADEME, « Comment bien se chauffer au bois ? », juin 2026.
  • ADEME, « Le chauffage au bois, mode d’emploi au quotidien », août 2018.
  • Trotec, manuel d’utilisation de l’humidimètre BM22 (TRT-BA-BM22-TC-005-FR).
  • RIKA, notice d’utilisation Induo II (Z36859, 8 février 2023) ; MCZ, manuel d’installation et d’utilisation du poêle Mood ; HWAM, manuel d’utilisation des poêles 3120 et 3130 (01.08.2022) ; Invicta, notice du poêle Carolo-Mix (P649544, décembre 2021) ; Tulikivi, mode d’emploi Collection Classic (KO1154).

Vos questions

Quel taux d'humidité pour du bois de chauffage ?

Le décret du 30 mars 2022 qualifie de « prêt à l'emploi » un bois à 23 % au plus sur masse brute. La marque NF Bois de chauffage exige 10 à 20 %, et certaines notices de poêles demandent moins encore, 12 à 18 % pour le HWAM 3120 : c'est la vôtre qui fait foi.

Un humidimètre affiche-t-il l'humidité sur brut ou sur sec ?

Les humidimètres à pointes affichent l'humidité sur masse sèche, rappelle le référentiel NF Bois de chauffage. Une lecture de 25 % correspond à environ 20 % sur masse brute, la base utilisée par les labels et par le décret.

Combien de temps faut-il pour sécher du bois de chauffage ?

Faute d'indication du vendeur, le décret de 2022 retient au moins 18 mois sous abri ventilé. Pour les bois durs, certaines notices vont plus loin : celle du poêle Invicta Carolo-Mix parle de 2 ans de coupe pour le hêtre et de 5 ans pour le chêne.

Où mesurer l'humidité d'une bûche ?

Sur une face fraîchement fendue, vers le tiers de la longueur et à au moins 1 cm de profondeur, comme le prévoit le référentiel NF. Les extrémités sèchent plus vite que le cœur et donnent une valeur trop flatteuse.